C’est grave docteur?

Course à la renommée ou simple façon de tromper l’ennui, les psy, grandes instances du comment être et penser, ont découvert une nouvelle maladie (imaginaire?). A l’heure où les TOC, TDA et autres névroses dites du monde occidental sont à la mode, voilà la petite dernière: l’Orthorexie nerveuse.
Houlà, mais que cache ce nom barbare, me direz-vous?  Et bien c’est là que ça devient drôle… Il s’agit d’un trouble du comportement alimentaire reposant sur une attention particulière (obsessionnelle) quant à la qualité de ce qu’on mange. A coup de titres accrocheurs tels que « Quand manger trop sain devient malsain », la polémique se répand. Le Guardian, éminent journal anglais, y a même consacré un article. Alors là, j’aimerais bien qu’on m’explique. Faire très attention à ce dont je me nourris ferait de moi une névrosée, une pauvre malade mentale? Honnêtement, il y a quelque chose qui m’échappe dans cette logique.
En bonne curieuse, j’ai donc fait mes petites recherches. On doit donc cette brillante découverte (oui, je suis ironique) au Docteur Bratman.  Ce qui m’a surprise à la lecture des différents articles que j’ai pu trouver, c’est le ton méprisant, légèrement satirique, qui les caractérise presque tous. Depuis quand des professionnels de santé parlent de gens atteints d’une malade en les dénigrant, les moquant? Cela me laisse perplexe quant à la réalité de ladite maladie, et quant à la crédibilité des dits professionnels. Et puis, il faut dire que j’ai l’esprit critique. La faute probablement à l’éducation dont j’ai eu la chance de bénéficier. Du coup, je remarque également une autre constante dans ces écrits: une remise en cause implicite du bio et de l’accès à l’information. « Le consommateur européen est bombardé d’informations sur ce qui est « bon » ou « mauvais » pour sa santé. Les alertes alimentaires et les adeptes des produits biologiques ont encore ajouté à la complexité des décisions que les consommateurs doivent prendre en matière d’alimentation. » Mais oui bien sûr! Le problème vient de l’information des masses et des gens qui font un choix différent de celui de la majorité. Non mais quel retour à l’âge des ténèbres! Je remarque également le choix de mot qui ne me parait pas anodin. Quand je demande à mon petit Larousse de me dire ce signifie le mot « adepte », il me répond:
« Sens premier: Partisan d’une doctrine, d’une religion; membre d’une secte. »
L’associer aussi directement aux produits biologiques… Je me demande ce que ça peut bien vouloir dire? (oui, je suis encore ironique).
Cela dit, si je suis certes une adepte du bio,  je suis également partisane de l’honnêteté vis-à-vis de soi-même.  Je me soumets donc au test du Docteur Bratman. Avec huit réponses positives sur dix questions, je souffre donc, sur le papier, d’Orthorexie. Par conséquent, me voilà dans la catégorie des malades mentaux. Le souci, c’est que répondre simplement oui ou non à ce type de questions me semble terriblement réducteur. Cela me parait beaucoup trop facile et superficiel. Je vais donc me donner le droit d’expliciter mes réponses. Vous trouverez tout ça ici.
Soit… D’après psychologie magazine, le test du Docteur Bratman et même d’après le site du Conseil Européen de l’Information sur l’Alimentation (EUFIC), je suis malade. J’ai cependant deux objections à faire:
La première est toute bête: je suis en excellente forme et surtout, je suis heureuse.
La seconde est moins évidente. D’abord, je ne sais pas ce qu’est l’EUFIC. Je veux bien qu’on me dise que j’ai un problème mais je veux dans ce cas savoir qui le dit. Par conséquent, je suis allée voir. Il s’agit d’une organisation à but non-lucratif basée à Bruxelles et Co-financée par la commission européenne. C’est du sérieux donc. Sauf que Co-financé implique que quelqu’un d’autre donne de l’argent. Alors qui?  La réponse est facile à trouver. Elle est sur le site même de l’EUFIC. Ainsi, parmi les partenaires financiers actuels, on trouve, entre autres: Ajinomoto sweeteners Europe (c’est-à-dire les frabriquants d’édulcorants), Coca-cola HBC, Coca-cola, Danone, Ferrero, Mars, McDonald’s, Nestlé et PepsiCo.
Du coup, je me demande quelle crédibilité l’EUFIC peut bien avoir. Mais surtout, je me dis que les gars qui me disent que je suis folle de vouloir manger sainement sont financés par ceux qui fabriquent et vendent une nourriture connue pour être mauvaise pour la santé. Comme quoi, remettre les choses en perspectives peut être intéressant.
Me voilà avec une dernière question, une seule… Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer comment fonctionnent les lobbys? Parce que pour moi, pauvre provinciale ayant fait ses études dans une petite université normande, la distinction entre lobbyisme et corruption n’est pas franchement évidente.

Sources et liens:

* Docteur Steve Bratman
* The Guardian
* Psychologie magazine
* EUFIC sur l’Orthorexie nerveuse
* A propos de l’EUFIC
* Wikipédia.

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